À propos de Galanka
Galanka travaille dans ce qui reste, à l’endroit où les récits ne suffisent plus.
Quand les formes héritent de mémoires qu’elles n’ont jamais vécues,
et que les corps se dérobent aux rôles qui leur ont été imposés.
À travers des figures sous contrainte et des apparitions ritualisées,
il construit Wildate : un territoire aux filiations fracturées,
où l’identité s’enveloppe de formes empruntées.
Chaque peinture agit comme un rite.
Non de passage, mais d’exposition.
Vers ce qui résiste au nom.
Vers l’instant où la beauté vacille,
où le masque ne dissimule plus
et laisse paraître ce qu’il recouvre.
Dans ce théâtre de métamorphoses,
le masque prend ainsi la parole,
avant ce qu’il prétend représenter.
Portrait, cycle Wildate - 2025
Je n’ai pas toujours porté un masque.
Avant Galanka, je voulais simplement créer. Explorer.
Je dessinais déjà enfant. Plus tard, j’ai peint — sous les vents turbulents et lunatiques de la mer du Nord. Je cherchais des formes, des visages, des couleurs. Des mondes possibles.
J’avançais sans méthode. Sans mots précis.
Mais quelque chose était déjà là.
Puis j’ai forcé. J’ai voulu aller plus vite. Me conformer. Nommer. Justifier. Être exact.
Je me suis heurté à mes limites. Je ne voyais pas ce que les autres voyaient.
Le daltonisme est devenu un mur.
La pression aussi.
Alors j’ai arrêté.
Vraiment tout arrêté.
Pendant vingt ans, plus de pinceaux. Plus de toiles.
Seulement le silence.
Mais quelque chose est resté.
En suspens.
Je ne saurais pas dire ce qui a relancé le geste.
Pas un déclic. Pas une révélation.
Plutôt une montée lente. Une tension sourde. Jusqu’au point de rupture.
J’ai recommencé à peindre.
Simplement parce que je ne pouvais plus faire autrement.
C’est à ce moment-là que Galanka est apparu.
Pas comme un nom.
Comme une forme.
Une version de moi plus distante. Plus libre.
Un espace où la couleur cesse d’être un filtre pour devenir un langage.
Le masque est venu naturellement. Blanc. Animal. Sans regard.
Il me permet de reculer.
De laisser parler le geste avant l’image.
La fracture avant le sens.
Aujourd’hui, je travaille à l’intérieur d’un monde que j’appelle Wildate.
La tension.
Je peins des figures trop proches. Trop altérées. Des corps pris dans un entre-deux.
Des scènes dans lesquelles quelque chose s’est déjà produit, et où tu arrives trop tard.
Ce que je montre, c’est un seuil.
Un point de bascule.
Je ne dis pas où il mène.
Je tends simplement le fil.
Galanka, 2025.